domingo, 19 de abril de 2015

Les poilus reviennent à la charge

PARIS MATCH
11 décembre 2013

Les poilus reviennent à la charge

A l'approche du centenaire de la guerre 14-18, l'édition rouvre ses pages sur un conflit qui a meurtri la France et marqué les mémoires.

(Valérie Trierweiler)

LETTRES DES TRANCHÉS

C'est sans doute le livre le plus spectaculaire parmi les ouvrages consacrés au centenaire de la Grande Guerre. Réalisé sous la houlette de l'incontestable historien Jean-Noël Jeanneney, il rassemble 800 photographies inédites. C'est dans le fonds du journal "Excelsior" que les éditions des Arènes ont puisé. Il s'agit de reportages qui avaient été publiés alors et rassemblés ici pour la première fois; les vrais débuts du photojournalisme. Le livre est organisé de façon chronologique. Il s'ouvre sur l'été 1914, avec la présentation des unes de la revue. Les événements s'enchaînent: assassinat de l'archiduc d'Autriche-Hongrie, puis celui de Jaurès, mobilisation générale le 1er août. Et l'engrenage fatal. Magnifiques clichés à partir des plaques de verre des soldats attendant sur le quai de la gare de l'Est le départ au front. La qualité des images est exceptionnelle. Les tirages rendent la profondeur de champ palpable. Autre chapitre particulièrement intéressant, celui sur les tirailleurs algériens et sénégalais ou encore les soldats indiens, tous touchés dans l'hécatombe. Fascinantes aussi, ces images de tranchées où vivent les soldats. Le livre ne fait l'impasse ni sur la population française et la façon dont elle surmonte l'épreuve de guerre, ni sur la destruction des habitations ou des édifices publics.

Pas d'impasse non plus sur le sort des blessés ou des... chevaux! Un reportage d'avril 1915 attire l'attention: il s'agit d'un camp de prisonniers allemands qui "deviennent un enjeu médiatique". Un grand nombre de pages est réservé au sort des blessés et mutilés. Observons encore le temps nécessaire, page 153, ce cliché d'un soldat amputé des deux pieds et porté par un tirailleur lors d'une fête organisée par les "artistes de Paris", ou celle du parterre de blessés, le même jour, au palais du Trocadéro. A chaque page, le lecteur découvrira des fragments d'Histoire. Telle l'arrivée du casque Adrian fabriqué à plus de trois millions d'exemplaires par les femmes restées à l'usine.

Le livre consacre un chapitre aux "combattantes de l'arrière", l'autre front, et un autre sur leurs nouveaux métiers. Les années passent, un hiver très rude s'installe en 1917. Les batailles s'accumulent jusqu'aux belles heures de la victoire. L'ouvrage s'étend jusqu'en 1919, au départ des prisonniers allemands, et, sur une note plus frivole au retour de la mode féminine. L'auteur a fait le choix d'un ouvrage destiné aux familles. Aucune image n'est insoutenable, toutes peuvent être regardées par les enfants. Ce livre est un véritable trésor pour la mémoire collective, et devrait trouver sa place dans toutes les bibliothèques.

LA PHOTO SUR TOUS LES FRONTS

Dupré n'a pas 20 ans lorsqu'il entame ce journal. Et quel journal! Il y a d'abord ses lettres adressées à ses parents, de sa petite écriture ronde et régulière. Et puis ses croquis, qui illustrent les scènes de guerre. Ce n'est pas la première fois que des lettres ou des journaux intimes de guerre sont publiés; les poilus avaient la plume alerte. C'était pour eux l'un des rares moyens de supporter les atrocités de cette guerre. Et ces écrits sont un précieux apport pour les historiens. Dupré, engagé dans l'artillerie, donne force détails. Sur la page de gauche, le fac-similé des lettres originales sur celle de droite, la retranscription en lettres d'imprimerie. On y trouve un mélange de gravité et d'innocence.

Ansi le 10 juillet 1917: "Les boches ont l'air de vouloir recommencer à nous embêter. Le temps est superbe et c'est triste de voir les obus éclater, soulevant la terre au milieu de la verdure fraîche et ensoleillée." Certains jours, le soldat Dupré s'étend sur ses feuilles blanches. Parfois il note: "Je suis seul" ou bien "Il fait extrêmement froid". Le jeune homme donne des précisions sur les opérations ou les déplacements effectués. Mais c'est l'obsession du "boche" qui revient sans cesse. Celle qui masque la peur. La peur de perdre la vie quand tant de ses camarades ont disparu. Dupré a survécu. Comme sa mémoire, grâce à ses confidences.


Fonte:
http://www.parismatch.com/Culture/Livres/Les-poilus-reviennent-a-la-charge-540138

Mais:
http://www.dailymotion.com/playlist/x1s10i_ufo67